A Room of one’s Own, by Virginia Woolf

Posted: January 4, 2011 in Feminist voices, Woolf, A Room of one's own
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A Room of one’s own is based on a series of lectures given by Virginia Woolf in two women colleges at the University of Cambridge, in 1928. It is an important milestone in her reflection on the production and reception of literature, in terms of gender. She considers in particular the place of women in literature, both as authors and as fictional characters.

[The original text is followed by a translation into French.]

A Room of one’s own est un essai de Virginia Woolf fondé sur une série de conférences données dans deux collèges de femmes à l’université de Cambridge. Cet essai constitue l’un des jalons de sa pensée en ce qui concerne la littérature, sa production et sa réception, toutes deux sexuées. Elle y réfléchit tout particulièrement sur la place des femmes dans la littérature, qu’elles soient auteurs ou personnages de fiction.

All these relationships between women, I thought, rapidly recalling the splendid gallery of fictitious women, are too simple. So much has been left out, unattempted. And I tried to remember any case in the course of my reading where two women are represented as friends. There is an attempt at it in Diana of the Crossways. They are confidantes, of course, in Racine and the Greek tragedies. They are now and then mothers and daughters. But almost without exception they are shown in their relation to men. It was strange to think that all the great women of fiction were, until Jane Austen’s day, not only seen by the other sex, but seen only in relation to the other sex. And how small a part of a woman’s life is that; and how little can a man know even of that when he observes it through the black or rosy spectacles which sex puts upon his nose. Hence, perhaps, the peculiar nature of woman in fiction; the astonishing extremes of her beauty and horror; her alternations between heavenly goodness and hellish depravity – for so a lover would see her as his love rose or sank, was prosperous or unhappy. This is not true of the 19th novelists, of course. Woman becomes much more various and complicated there.
[…] Suppose, for instance, that men were only represented in literature as the lovers of women, and were never friends of men, soldiers, thinkers, dreamers; how few parts in the plays of Shakespeare could be allotted to them; how literature would suffer! We might perhaps have most of Othello; and a good deal of Antony; but no Caesar, no Brutus, no Hamlet, no Lear, no Jaques – literature would be incredibly impoverished, as indeed literature is impoverished beyond our counting by the doors that have been shut upon women. Married against their will, kept in one room, and to one occupation, how could a dramatist give a full or interesting account of them? Love was the only possible interpreter. The poet was forced to be passionate or bitter, unless indeed he chose to ‘hate women’, which meant more often than not that he was unattractive to them.

***

Toutes ces relations entre femmes, pensai-je, en me remémorant rapidement la galerie magnifique des personnages féminins dans la fiction, sont trop simples. Tant a été laissé de côté, sans même essayer de le prendre en compte. Et je tentai de me souvenir d’une occasion, dans le cours de mes lectures, où je rencontrai deux femmes représentées comme des amies. Elles sont confidentes, évidemment, chez Racine et les tragédiens grecs. Elles sont, de temps en temps, mères et filles. Mais, presque sans exception, elles sont montrées dans leur rapport aux hommes. Il était étrange de songer que toutes les grandes femmes de fiction étaient, jusqu’à l’époque de Jane Austen, non seulement vues par l’autre sexe, mais vues exclusivement dans leur relation à l’autre sexe. Il était étrange de songer à quelle petite partie de la vie d’une femme cela représentait, et même ainsi, au peu qu’un homme pouvait en connaître, quand il l’observait à travers les lunettes noires ou roses que le sexe lui mettait sur le nez. De là, peut-être, l’étrange nature de la femme dans la fiction, les saisissants extrêmes de sa beauté et de son horreur, l’alternance entre divine bonté et dépravation infernale ; car c’est ainsi que la voit un amant, selon que son amour soit naissant ou mourant, prospère ou malheureux. Cela n’est pas vrai des romanciers du dix-neuvième siècle, bien sûr. La femme devient alors beaucoup plus changeante et complexe.
[…] Imaginez, par exemple, que les hommes ne soient représentés en littérature que comme les amants des femmes, et ne soient jamais amis d’autres hommes, soldats, penseurs, rêveurs ; combien peu de rôles alors leur seraient réservés dans les pièces de Shakespeare ! Combien la littérature en souffrirait ! Peut-être aurait-on la plupart d’Othello, et une bonne partie d’Antoine ; mais pas de César, pas de Brutus, pas d’Hamlet, pas de Lear, pas de Jaques : la littérature en serait incroyablement appauvrie, tout comme d’ailleurs elle est appauvrie, au-delà de ce qu’on peut imaginer, par toutes les portes qui se sont refermées sur les femmes. Mariées contre leur gré, gardées dans une seule pièce, occupées à une chose seulement, comment un dramaturge aurait-il pu rendre compte de manière complète ou intéressante de leur vie ? L’amour était le seul interprète possible. Le poète était forcé d’être soit passionné soit amer, à moins bien sûr qu’il ne choisisse de « haïr les femmes », ce qui signifiait le plus souvent qu’il ne leur plaisait pas.

Traduit par Anne-Charlotte Husson

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