Bouche bée tout ouïe… ou comment tomber amoureux des langues, par Alex Taylor

Posted: September 19, 2010 in Reviews, Taylor A., Bouche bée tout ouïe ou comment tomber amoureux des langues
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Les langues sont des choses mouvantes, excitantes. Elles font des spectacles de transformistes. (Conclusion, p. 258)

L’ensemble de Bouche bée tout ouïe est écrit avec le même enthousiasme. Et pour cause: pour Alex Taylor, Britannique ayant vécu en France pendant trente ans (où il a enseigné l’anglais avant de devenir journaliste) et Berlinois depuis peu, les langues sont une aventure permanente, une source de curiosité sans fin.

Sa propre relation aux langues nourrit cet essai où apparaissent, à la fin de chaque chapitre, des portraits de bilingues, trilingues voire de polyglottes, comme celui de Fernando, qui parle seize langues, ou de James, pour qui “les langues ne sont pas des prisons qui nous enferment. Elles sont plutôt des palettes qui nous permettent de créer nos propres couleurs…”. Tous ces portraits sont ceux de connaissances et d’amis avec lesquels il tente de comprendre quelle peut être leur rapport aux langues et la façon dont elles déterminent le champ de leur expérience quotidienne.

L’ensemble de l’essai se présente comme une déclaration d’amour à l’infinie variété des langues et donc des hommes dans leur façon de concevoir le monde qui les entoure. Il est souvent très drôle, et parmi toutes les histoires racontées, ma préférée est sans doute celle-ci:

Fraîchement débarqué en France, je me souviens de la mine horrifiée d’une vendeuse d’un petit supermarché près de chez moi. J’avais à l’époque des lacunes non seulement dans le maniement de vos formules de politesse, mais aussi dans le vocabulaire touchant au domaine plus délicat de la contraception. Du coup je lui demandai d’un ton précautionneux, me fondant sur les chemins tortueux qu’empruntent les demandes de ce genre dans ma langue maternelle. “Excusez-moi, madame, mais auriez-vous l’extrême gentillesse de bien vouloir m’indiquer s’il serait possible que je trouve ici de la confiture, sans préservatifs, s’il vous plaît?” “Mais, monsieur, me répondit-elle, toutes nos confitures sont sans préservatif…” (“Les mots”, p. 124-125)

Bien que très instructif, Bouche bée tout ouïe manque cependant de rythme et s’essouffle quand Alex Taylor se perd dans des énumérations d’anecdotes et de faits parfois évidents ou rebâchés. Dommage que le fil conducteur reste assez mince et que la verve d’Alex Taylor ainsi que sa naïveté ébahie nous fassent souvent passer, pour employer une expression comme il les aime tant, du coq à l’âne.

Au finale, on est moyennement convaincu par la densité de la réflexion linguistique, mais conquis par la vivacité du ton et la variété des exemples. Les amoureux des langues trouveront plus leur compte dans les portraits et les passages témoignant de la relation personnelle que l’auteur entretient avec l’anglais, le français ou l’allemand, que dans les arguments scientifiques et les anecdotes savantes pourtant parfaites pour les dîners en ville.

(JC Lattès, 2010, 267 p.)

Anne-Charlotte Husson

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