Spain [Espagne], by Auden

Posted: August 31, 2010 in Auden, Spain, Translations
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Written and published in 1937, Auden’s “Spain” draws its inspiration directly from the poet’s involvement in the Civil War in Spain. It was first published as a pamphlet, then re-written and published under the title “Spain 1937” in Another Time (1940).

The poem does not appear in his collected editions, following the will of its author. Indeed, despite his involvement alongside the Republicans in Spain during the Civil War, Auden later became disillusioned with the politics of the struggle.

You can find the two versions of this poem in the following editions:
– “Spain”, W.H. Auden Selected Poems, ed. E. Mendelson, faber and faber
– “Spain 1937”, The English Auden, ed. E. Mendelson, faber and faber
Read “Spain” in its first version, on which our translation is based.

Hier tout le passé. La langue de la mesure
Se propageant jusqu’en Chine, le long des routes commerciales; la diffusion
Du boulier et du cromlech ;
Hier l’estimation des ombres sous les climats ensoleillés.

Hier le calcul des assurances par les cartes,
L’art du sourcier ; hier l’invention
Des roues de charrues et des horloges, l’apprivoisement
Des chevaux. Hier le monde en pleine ébullition des navigateurs.

Hier l’abolition des fées et des géants,
La forteresse, comme un aigle immobile, scrutant la vallée,
La chapelle construite dans la forêt ;
Hier les anges sculptés et les gargouilles effrayantes ;

Le procès des hérétiques au milieu des colonnes de pierre ;
Hier les querelles théologiques dans les tavernes
Et la guérison miraculeuse à la fontaine ;
Hier le sabbat des sorcières ; mais aujourd’hui la lutte.

Hier l’installation des dynamos et des turbines,
La construction de chemins de fer dans le désert colonial ;
Hier le cours magistral
Sur l’origine de l’espèce humaine. Mais aujourd’hui la lutte.

Hier la croyance en la suprématie du grec,
La tombée du rideau sur la mort d’un héros ;
Hier la prière au crépuscule
Et l’adoration des fous. Mais aujourd’hui la lutte.

Comme le poète murmure, ébahi parmi les pins,
Ou à l’endroit où le chant dense de la cascade s’élève, ou dressé
Sur le roc près de la tour penchée :
« O ma vision. O envoie-moi la chance du marin. »

Et l’enquêteur sonde avec ses instruments
Les provinces inhumaines, le bacille viril
Ou Jupiter, énorme et fini :
« Mais les vies de mes amis. J’implore, j’implore. »

Et les pauvres dans leurs logis sans chaleur, lâchant les feuillets
Du journal du soir : « Notre jour est notre perte, O montre-nous
L’Histoire, agissante,
Organisatrice, le Temps, rivière rafraîchissante. »

Et les nations unissent leurs cris, invoquant la vie
Qui modèle le ventre de l’individu et commande
L’intime et nocturne terreur :
« N’est-ce pas toi qui as fondé la Cité-Etat parasite,

Elevé les vastes empires militaires du requin
Et du tigre, établi le canton courageux du rouge-gorge ?
Interviens. O descends comme une colombe ou
Un papa furieux ou un brave ingénieur, mais descends. »

Et la Vie, si elle répond du moins, répond du fond du cœur
Et des yeux et des poumons, des magasins et des squares de la ville :
« Oh non, je ne suis pas le moteur,
Pas aujourd’hui, pas pour vous. Pour vous, je suis celui

« Qui dit oui, qui partage un verre, qui est facilement berné ;
Je suis ce que vous faites. Je suis votre vœu d’être
Bon, votre histoire drôle.
Je suis votre voix professionnelle. Je suis votre mariage.

« Que proposez-vous ? Construire la cité juste ? D’accord.
J’y consens. Ou est-ce le pacte de suicide, la mort
Romantique ? Très bien, j’accepte, car
Je suis votre choix, votre décision. Oui, je suis l’Espagne. »

Beaucoup l’ont entendue sur des péninsules lointaines,
Dans des plaines endormies, dans les îles aberrantes des pêcheurs
Ou le cœur corrompu de la cité,
Ont entendu et migré comme des mouettes ou les graines d’une fleur.

Ils s’agrippaient comme des teignes aux longs express qui avançaient en titubant
A travers les régions injustes, à travers la nuit, à travers le tunnel des Alpes ;
Ils flottaient au-dessus des océans ;
Ils franchissaient les cols. Tous offraient leur vie.

Sur ce carré aride, ce fragment découpé de la chaude
Afrique, soudé si crûment à l’Europe créative,
Sur ce plateau strié de rivières,
Nos pensées ont des corps ; les formes menaçantes de notre fièvre*

Sont précises et vivantes. Car les peurs qui nous ont fait répondre
A la pub pour le médicament et à la brochure pour les croisières d’hiver
Sont devenues des bataillons d’invasion ;
Et nos visages, le visage d’institut, la succursale, la ruine

Projettent leur avidité comme le peloton d’exécution et la bombe.
Madrid est le cœur. Nos moments de tendresse fleurissent
Comme l’ambulance et le sac de sable :
Nos heures d’amitié se transforment en une armée du peuple.

Demain, l’avenir, peut-être. La recherche sur la fatigue
Et les mouvements des emballeurs ; l’exploration progressive de toutes les
Octaves de radiation ;
Demain l’élargissement de la conscience, en vivant de régime et de respiration.

Demain la redécouverte de l’amour romantique,
Les corbeaux pris en photo ; tout le plaisir
Sous l’ombre dominatrice de la liberté ;
Demain l’heure du maître des divertissements et du musicien,

La belle clameur du chœur sous le dôme ;
Demain l’échange des tuyaux sur l’élevage des terriers,
L’élection fiévreuse des patrons
Par la soudaine forêt des mains. Mais aujourd’hui la lutte.**

Demain, pour les jeunes, les poètes explosant comme des bombes,
Les promenades au bord du lac, les semaines de communion parfaite ;
Demain les courses à vélo
A travers les banlieues pendant les soirées d’été. Mais aujourd’hui la lutte.

Aujourd’hui l’augmentation délibérée des chances de mourir,
L’acceptation consciente d’être coupable du meurtre nécessaire ;***
Aujourd’hui les efforts mis
Dans le pamphlet fade et éphémère et la réunion ennuyeuse.

Aujourd’hui les consolations de fortune : la cigarette partagée,
Les cartes dans la grange éclairée à la bougie, le concert des crincrins,
Les mâles plaisanteries ; aujourd’hui la
Maladroite et insatisfaisante étreinte avant les blessures.

Les étoiles sont mortes. Les animaux ne veulent pas regarder.
Nous sommes abandonnés, seuls avec notre journée, le temps est court et
L’Histoire aux vaincus
Peut bien dire Hélas, mais ne peut ni aider, ni pardonner.


translated by James Harriman-Smith begin_of_the_skype_highlighting     end_of_the_skype_highlighting begin_of_the_skype_highlighting     end_of_the_skype_highlighting and Anne-Charlotte Husson

* In a corrected version of the poem, Auden deleted the next two verses, which we chose to keep. The later version said :

Our fever’s menacing shapes are precise and alive.

To-morrow, perhaps, the future…

We’ll leave it up to you to appreciate the change in the tone and the political impact between the two versions.

** Another verse that later disappeared…

*** Auden later changed the line :

The conscious acceptance of guilt in the necessary murder

into:

The conscious acceptance of guilt in the fact of murder.

We decided to keep the first and more polemical version of the line.

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